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Perturbateurs endocriniens : santé menacée

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En moins de 100 ans, la production de produits chimiques de synthèse est passé de 1 million à 4 millions de tonnes par an. Nous sommes au quotidien exposés à ces produits chimiques présents tant dans nos biens de consommation que dans l’eau, l’air et l’alimentation. Un certain nombre de ces produits chimiques est considéré comme étant des perturbateurs endocriniens (PE), substances chimiques qui viennent perturber le système hormonal.

 

Les perturbateurs endocriniens peuvent en effet limiter, bloquer ou encore modifier l’action des hormones naturelles, ce qui peut entraîner des conséquences néfastes sur le développement physiologique,dans les premières étapes de la vie, où nos hormones jouent un rôle très important. Les impacts des perturbateurs endocriniens sur la santé future de l’individu exposé lorsqu’il n’est encore que foetus ou nourrisson peuvent ainsi s’avérer irréversibles.
Cancers hormono-dépendants (sein, prostate, testicules..), diabète et obésité, troubles cardio-vasculaires, troubles de la reproduction, féminisation des foetus mâles, asthme...ces syndromes ou maladies peuvent être provoqués par la présence de perturbateurs endocriniens dans notre vie quotidienne. Les PE induisent des effets similaires sur la faune sauvage, par le biais de la contamination de l’environnement: pollution des rivières et des océans, rejets urbains et industriels, pesticides agricoles, déchets dispersés, substances dangereuses émises par les décharges et les incinérateurs....
Leur diversité et leur usage massif entraînent une exposition permanente à ces produits que l’on peut retrouver dans les cosmétiques, les ustensiles et emballages alimentaires, les jouets, les aliments, ou encore comme contaminants de l’air intérieur. Cependant, il est très difficile pour le consommateur de faire des choix éclairés étant donné qu’aucun étiquetage n’est obligatoire et que la composition des produits est complexe à déchiffrer.

 

Définition: que sont les perturbateurs endocriniens?

 

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les PE sont des «substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle, étrangères à l’organisme. Elles peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire des effets néfastes sur l’organisme d’un individu ou sur ses descendants». Ces produits chimiques sont très variés, mais 5 «familles» se détachent du lot :

Bisphénols

pixlr_pixlr_bébé dodo.jpgCe sont les plus connus, tel le bisphénol A qui se retrouve dans les revêtements des boîtes de conserve, des canettes, des cuves agro-alimentaires, des canalisations d’eau, ou sur les tickets de caisse. Si le bisphénol A (BPA) a été interdit dans les biberons depuis janvier 2011 et qu’il sera interdit dans les contenants alimentaires à partir de janvier 2015, nous le retrouvons encore dans de nombreux produits de la vie quotidienne. Le BPA est associé à des tumeurs mammaires, au diabète de type II, à des troubles cardio-vasculaires, à des troubles de la reproductions et des problèmes comportementaux.

Phtalates

Ils se retrouvent dans les câbles électriques, les jouets, les adhésifs, les emballages, et aussi comme agents de texture dans les cosmétiques (crèmes, vernis), et agent de fixation ou solvant dans les parfums. Il est extrêmement choquant de les trouver encore dans de nombreux dispositifs médicaux comme les poches de transfusions, faisant d’individus vulnérables comme les bébés prématurés ou certains malades en soins intensifs, les personnes les plus exposées à ces substances dangereuses.

Parabènes

Ils font partie d’une famille de conservateurs très couramment utilisée, et plusieurs d’entre eux présentent des propriétés de PE. On les retrouve dans 80% de nos cosmétiques ainsi que dans les médicaments, les boissons et les aliments, mais aussi dans un certain nombre de couches et de lingettes bébés. Ils perturberaient le fonctionnement de plusieurs hormones: oestrogènes, androgènes et hormones thyroïdiennes, et sont susceptibles de provoquer des atteintes à la fertilité et à l’activité métabolique.

Perfluorés (PFC)

gobelets couleursIls sont utilisés dans les revêtements anti-adhésifs, anti-tâches et hydrofuges. On les retrouve dans les moquettes, les canapés, les textiles, et les vêtements imperméables, mais aussi dans les poêles anti-adhésives, les emballages de fast-food, la vaisselle jetable etc... Ces produits chimiques peuvent en outre persister dans l’environnement et l’organisme pendant de nombreuses années et contaminer la chaîne alimentaire à l’échelle planétaire. Les PFC sont associés à des atteintes à la reproduction, à certains troubles comportementaux, et à l’affaiblissement des défenses immunitaires.

Pesticides

Cpixlr_danger pesticides.jpgertains pesticides ont été reconnus comme ayant des effets PE et ont déjà été décelés sous forme de résidus dans l’alimentation (fruits, légumes, céréales).

Notre exposition peut également se faire via l’eau et l’air. Outre leur responsabilité dans de nombreux cancers hormono-dépendants, les pesticides sont à l’origine de graves problèmes d’infertilité et de malformations génitales.

A ce jour, plus de 800 substances PE ont été recensées, bien qu’une recherche systématique n’ait jamais été effectuée sur l’ensemble des produits chimiques. Si les PE sont aussi nocifs pour notre santé, c’est parce que ces substances sont actives même à très faibles doses (et parfois même plus nocives). De plus, les effets combinés de ces PE peuvent être plus nocifs que la somme des effets de ces mêmes substances prises séparément, c’est ce que l’on appelle «l’effet cocktail». L’enjeu est aujourd’hui de prendre en compte ces combinaisons nocives pour la santé humaine et l’environnement.

 

 

Perturbateurs endocriniens et biodiversité

 

Si les PE ont des effets néfastes sur la santé humaine, ils en ont également sur la biodiversité: nous les retrouvons dans notre environnement, notamment dans la quasi totalité des milieux aquatiques, via les effluents des stations d’épuration, les eaux usées industrielles, les dispersions de pesticides agricoles etc.. Ces produits chimiques induisent chez la faune des effets sur le développement, la métamorphose (hermaphrodisme chez certains amphibiens), la croissance, la reproduction, le sex-ratio, l’immunologie, et favorisent certaines pathologies telles que les tumeurs cancéreuses. Ils favorisent également les troubles neuro-comportementaux (par exemple perte de l’équilibre chez les insectes pollinisateurs), les modifications des caractères impliqués dans la reproduction la survie et l’adaptation au milieu. Par exemple, dans les années 80, des extinctions en masse ont été observées chez les mollusques des zones portuaires marines. C’est une substance chimique utilisée dans la composition des peintures appliquées aux carènes des bateaux, le TBT, qui a été mise en cause. La dispersion de PE est l’un des aspects trop négligés de la crise des déchets. De nombreux additifs PE des plastiques (comme le BPA ou les phtalates) contaminent les océans à partir des milliards de particules plastiques flottantes, qui supplantent peu à peu le plancton en début de chaîne alimentaire. De tels PE se retrouvent également dans les jus de décharge, faure de tri sélectif à la source, ou dans les effluents de station d’épuration, qui contiennent aussi des résidus pharmaceutiques et médicamenteux à caractère PE.

 

biodiversité

 

 

 

Règlementation européenne

Par rapport aux deux «grands» de la chimie européenne embourbés dans leurs intérêts à court terme (l’Allemagne et le Royaume Uni), la France s’est distinguée en matière de politique sur les perturbateurs endocriniens deux lois ont été adoptées successivement, et à l’unanimité des parlementaires, pour interdire le BPA dans les biberons depuis 2011, puis dans les contenants alimentaires, effective depuis janvier 2013 pour les 0-3 ans, et entrant en vigueur en 2015 pour le reste. Les députés français ont aussi tenté de légiférer sur les phtalates et les parabènes mais la proposition de loi n’est jamais passée devant le Sénat.

Enfin, en  janvier 2013, tous les euro-députés français ont voté en faveur du rapport Westlund, qui préconisait la réduction de l’exposition aux PE, et qui était soutenue par le Ministère de l’Environnement français. Par ailleurs, l’ANSES, l’agence française de sécurité sanitaire de l’environnement, s’est prononcée par deux rapports, en faveur d’actions contre le BPA et pour une remise en cause de la dose journalière admissible (DJA) fixée par l’agence européenne de sécurité alimentaire (l’EFSA), en dépit de l’hostilité de cette dernière; ce faisant, l’ANSES est devenue la première agence au monde à accréditer officiellement le changement de paradigme toxicologique des PE.

Cependant, les lobbies sont actifs en coulisse pour maintenir coûte que coûte le statu quo, aux dépens de notre santé et de l’environnement : producteurs de pesticides (qui souhaitent annuler la loi de 2009), industries chimiques, géants de la cosmétique et firmes pharmaceutiques en tête, qui préfèrent jouer la carte de la paralysie institutionnelle que celle de l’innovation saine et écologique.

 

Pour plus d’informations et pour savoir comment se protéger des PE au quotidien, visitez le site de réseau-environnement-santé

Source : campagne n°39 d'Agir pour l'environnement.

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